Variations invisibles

Je ferme les yeux
dans l'ombre des arbres
un bouquet tiède
né quelque part
s'éveille
au coin de la rue
je ferme les yeux
hume l’air du jardin
mes pensées
s’égayent
et se libèrent
un peu
comme
naît la poésie
dans la fragrance
d’un flacon brisé
offerte à la lumière
du crépuscule
je ferme les yeux
pour garder en moi
effluves de jasmin
et de citron
avant que la brise
du soir
mêlée aux giroflées
ne vienne les disperser
je ferme les yeux
pour réveiller mes sens
engourdis
goûter cette senteur
et chercher son nom
elle m’effleure
me serre la gorge
et m'échappe aussitôt
en ricochets de lune
je ferme les yeux
pour courtiser
le bruit du vent
avec ses pas de danse
dans une essence
en tourbillon
inattendu
inespéré
son odeur suave
un peu chaude
revient vers moi
se répète en moi
mes mains glissent
sur le bois du banc
je rouvre les yeux
sur les fleurs endormies
ma peau
se souvient.
Mbur - brocauteur 10/26 - texte écrit pour la soirée poésie de « Prête-moi ton nez » exposition de Sandrine Alouf à l’Oeil Bleu.



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